Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 23:59
J’espérais qu’elle sombrerait rapidement pour ne pas trop réfléchir à sa posture dans les bras de Jacob et aux souvenirs que cela ne manquerait pas d’évoquer. Bella ne m’avait jamais raconté en détails les mois passés à ses côtés mais je devinais dans sa mémoire à lui des moments de tendresse et de complicité. Et plus encore dans son imagination…

- S’il te plait, dis-je entre mes dents. Fais un effort !

- Quoi ? répondit-il surpris.

            Quoi ? Il en avait plein la tête ! Toutes sortes de scénarios défilaient dans sa petit cervelle, qui finissaient toujours de la même façon : Bella lui rendait ses baisers, se retrouvait nue comme un vers et cédait à tous ses caprices. Et moi, j’avais subitement disparu de la tente !

- Essaye de contrôler ton cerveau !

- Personne ne t’a demandé de l’écouter, se rebiffa-t-il. Sors de ma tête.

- J’aimerais bien, figure toi. Seulement tes fantasmes sont bruyants. On dirait que tu les cries !

- Je vais tâcher de les garder pour moi.

            Les images les pires n’étaient pas les ébats débridés que Jacob imaginait mais les moments de douceur et d’amour qui me paraissaient plus plausibles. Ils ressemblaient trop à mes propres rêves.

- Oui, répondis-je à l’une des interrogations de son esprit, je suis jaloux de cela aussi.

            Il aurait pu lui offrir sans appréhension cet amour charnel qui m’était interdit et qui restait un écueil entre elle et moi. Je lui avouais ainsi, presqu’honteux, que je n’avais jamais touché Bella.

- Je m’en doutais, répliqua-t-il triomphalement. Voila qui remet à plat les choses, hein ?

- Ne rêve pas !

- Elle peut encore changer d’avis, vu tout ce que je suis capable de lui apporter, et pas toi. Du moins, tant que tu ne l’auras pas tuée.

- Endors-toi, Jacob. Tu commences à me taper sur les nerfs.

- Je vais en effet piquer un petit roupillon. Je suis installé si confortablement, moi.

            Le silence qui suivit ne me satisfaisait pas : regarder Bella dormir était une des choses les plus fascinantes de mon existence quand elle était seule, mais avec cet énergumène contre elle, cela devenait cauchemardesque. De plus, il ne semblait pas vouloir dormir car les questions s’emmêlaient dans son cerveau. J’avais attisé sa curiosité.

- Pourquoi pas ? Répondis-je à sa demande d’éclaircissement.

- Seras-tu honnête ?

- Pose la question, tu verras bien.

- Tu lis dans mes pensées, laisse-moi voir les tiennes, cette nuit. Ce ne serait que justice.

- Tu fourmilles d’interrogations. A laquelle suis-je censé répondre ?

- La jalousie… Elle doit te bouffer, non ? Tu ne peux être aussi sûr de toi que tu en as l’air. Sauf si tu es dépourvu d’émotions.

            Sa remarque m’étonna : j’arrivai donc à faire croire que j’étais impassible, et froid à l’intérieur comme à l’extérieur. Cette découverte me rasséréna. Je décidai néanmoins de ne pas lui mentir sur la nature de ma jalousie.

- Bien sûr qu’elle me ronge. En ce moment, elle est si intense que j’ai du mal à contrôler ma voix. C’est pire quand Bella est loin de moi et près de toi, quand je ne la vois pas.

- Elle t’obsède ? Arrives-tu à te concentrer quand elle est absente ?

            Ses questions étaient si ciblées que je devinais qu’elles étaient aussi valables pour lui. Il cherchait à la fois à connaitre son ennemi déclaré et à se rassurer sur ses propres sensations. Elle l’obsédait lui aussi. Je répondis à son interrogation :

- Oui et non. Mon cerveau ne fonctionne pas tout à fait comme le tien. Je peux penser à bien plus de choses en même temps. (J’espérai que cette prétention apparente ne le braquerait pas car je prenais gout à cette conversation. Il ne releva pas) Donc, quand elle se tait, qu’elle réfléchit, il me suffit de songer à toi pour me demander si elle est avec toi par l’esprit.

            Sa question avait été timide et inquiète.

- Oui, répondis-je, elle pense à toi souvent, plus souvent que je le voudrais.

            Cet aveu était un déchirement : je ne suffisais pas à Bella. Et lui, Jacob, comblait les vides laissés par mes faiblesses.

- Elle souhaite que tu sois heureux, continuai-je. Mais tu le sais et tu t’en sers.

- J’utilise les armes dont je dispose. Je n’ai pas tes avantages. Notamment sa certitude de t’aimer.

- ça aide.

            Mais cet avantage avait été chèrement acquis et j’en tirais une fierté justifiée. Ma satisfaction fut de courte durée car Jacob préparait un coup bas.

à suivre...

Par mélisandre - Publié dans : chapitre 22 et 23 d'Hésitation
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