Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /Fév /2010 22:19

Je ris avec elle et remerciai le ciel de cette plénitude qui nous était enfin offerte. En montrant la serrure de la porte d’entrée à Bella, je tentai d’oublier mes angoisses à propos de Nessie et des bouleversements que son existence allait provoquer dans le monde des vampires. Il fallait que j’entre dans notre maison avec l’esprit serein, aveugle à tout ce qui n’était pas Bella, car ce serait notre refuge éternel.

- Tu te comportes de façon tellement naturelle, Bella. Je n’arrête pas d’oublier combien la situation doit être étrange pour toi. J’aimerais tant être dans ta tête !

            Je la pris dans mes bras pour franchir le seuil du cottage comme aurait fait n’importe quel jeune marié un peu romantique. La Bella humaine aurait trouvé ça démodé, mais, de la même façon que je l’avais convertie au mariage, j’espérai bien lui faire comprendre que l’éternité donnait une autre dimension aux traditions ancestrales.

            Elle fut surprise mais réussit à ne pousser qu’une petite exclamation, sans se débattre ni chercher à me repousser, ce qui aurait pu tourner au carnage rapidement. Je me rappelais que nous avions déjà franchi le seuil de la maison d’Esmé sur l’île de cette façon mais les rôles étaient maintenant inversés et le scripte s’était légèrement modifié: quelques mois auparavant, j’étais le monstre sanguinaire en titre et Bella la créature fragile. Notre première fois avait été une expérience un peu irresponsable avec des conséquences dont nous ne pouvions pas encore mesurer la gravité.

            Mais ce soir, je portais l’adorable monstre dans mes bras et j’assumais assez bien ma fragilité toute neuve.

-  T’aider à franchir les seuils fait partie de mes obligations.

            Je n’arrivais pas à déterminer son humeur, ne sachant pas si nous allions passer la soirée à philosopher sur les états d’âme des vampires ou à mener des expériences pratiques sur le sujet. Les deux programmes me convenaient mais j’étais déjà passé maitre dans la psychologie perturbée des membres de ma race alors que le deuxième domaine promettait des travaux pratiques plus… alléchants. Je tâtai le terrain :

- Mais ça m’intrigue : à quoi penses-tu là, tout de suite ?

            Je poussai la porte et nous pénétrâmes dans un petit salon aux proportions harmonieuses, éclairé par les flammes affaiblies d’un feu de cheminée.

- A tout et à rien en même temps, me répondit-elle tout en contemplant le décor qui nous entourait. Les trucs bien, ceux qui m’inquiètent, les nouveaux. La multiplication des superlatifs dans ma perception des choses.

            Je vis son regard ses poser sur les meubles et les bibelots choisis pour elle.

- En ce moment, je pense qu’Esmé est une artiste. Cet endroit est merveilleux !

            En tout cas, il l’était pour nous. Esmé avait su marier mon attachement aux choses authentiques et chargées d’histoire aux goûts de Bella pour le confort et l’intimité de l’espace. La maison de mes parents était superbe mais la décoration résolument moderne restait parfois froide et impersonnelle. Cela m’avait convenu longtemps mais j’aspirai désormais à autre chose.

            J’avais toujours adoré les salons anglais aux murs couverts de rayonnages de livres, comme si le monde était contenu à l’intérieur de la pièce. J’aimais aussi l’idée de meubles disparates placés côte à côte dans un souci de cohérence esthétique porteuse de sens. Bella et moi n’étions-nous pas la preuve du mariage improbable mais réussi de deux éléments contraires ? Tout comme cette chaise médiévale en face d’une ottomane contemporaine aux allures coloniales.

            Je laissai Bella contempler la pièce sans l’interrompre, mesurant le bonheur de la tenir dans mes bras pendant que le parfum boisé de ses cheveux chatouillait mes narines et m’enivrait délicieusement. La lumière bleutée de l’âtre faisait jouer sur ses jambes dénudées des reflets fantastiques, allumant ça et là le scintillement de sa peau vampirique. Le tissu déchiré de sa robe laissait apparaitre une épaule ronde et lisse qui n’attendait que le contact des mes lèvres pour frissonner. Ma main, passée sous ses cuisses, ne restait sage qu’avec une difficulté grandissante, à mesure que le tissu froissé remontait sous mes doigts.

            Bella tourna lentement son visage ébloui vers moi mais je cherchai à cacher mon émoi comme un adolescent pris en faute. Je ne voulais pas lui imposer mon désir alors que son esprit restait troublé.

- Heureusement qu’Esmé a ajouté une chambre supplémentaire, dis-je dans le silence pour m’occuper l’esprit. Personne n’avait rien prévu pour Ness… Renesmée.

- Non ! cria-t-elle. Pas toi aussi !

            Bravo Edward ! Toujours maître dans  l’art de changer de conversation. Sauf que cette fois  le sujet était bien mal trouvé face à une mère protectrice, capable de me broyer la mâchoire sans même le vouloir.

- Désolée, mon amour. J’entends le diminutif dans leur tête du matin au soir. Ils m’ont contaminé.

            Bien, donc la soirée semblait plutôt s’orienter vers la discussion métaphysique sur les vampires et surtout l’incapacité de certains mâles à prendre leur rôle de père au sérieux. J’avais appelé ma fille comme un dinosaure hantant les profondeurs d’un lac d’Ecosse ! Mes doigts rajustèrent la robe de Bella sur ses cuisses : les travaux pratiques étaient remis à une date ultérieure.

- Je suis sûre que tu meurs d’envie de découvrir le dressing, repris-je ironiquement avec l’espoir sournois d’orienter la colère de Bella contre ma sœur. Du moins, c’est ce que je raconterai à Alice pour lui faire plaisir.

- Faut-il que j’aie peur ?

- Tu devrais être carrément terrifiée.

Par mélisandre - Publié dans : nuits d'Edward et Bella - Communauté : fictions crépusculaires
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